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La Berloque
de Hervé Le Faou
Illustrations de Éric Le Faou

Des sentiments, des émotions, des couleurs, des odeurs, des ambiances...
Dans ce livre Hervé Le Faou raconte des petites histoires pleines de sentiments forts, tristes ou nostalgiques, sentimentales ou pleines d'espoir, des histoires tournées vers la mer, les voyages, les vraies valeurs de la vie, loin du monde moderne, des histoires comme celles qu'on raconte aux enfants avant de s'endormir, mais version adulte, pour rêver, et se laisser emporter par les émotions...

N° ISBN : 2-86681-095-3
Année de parution : 2001
Prix: 14,50 €
Poids : 200 Grs
Nb pages : 128





Notes de l'auteur :


En cette triste journée d’hiver, j’étais arrivé un peu plus tôt de Rotterdam, dit Hervé le Faou. En flânant devant les boutiques, mes yeux s’arrêtent sur ce nom si prédestiné,« Les Deux Océans », et cette petite maison d’édition... exactement comme dans mes rêves ! Un choc. Comme une évidence. Je pousse la porte. Je ne me souviens que de la fin « Madame », avais-je dit, « vous avez le pouvoir de réaliser mon rêve », et je suis reparti. Un rêve de petit garçon en effet. Depuis toujours j’étais fasciné par les auteurs. Tous ces livres dans les rayons des grandes bibliothèques. Un jour, m’étais-je dis, j’aurai le mien, et mon plaisir sera de pousser les portes des librairies et d’aller voir si mon livre est toujours là. Des études d’ingénieur... rien ne me destinait à écrire, mais tous ces voyages, l’Asie et l’Océanie avec la Marine, la Hollande et les pays d’Europe avec ma profession, mes racines bretonnes, ma passsion pour la Mer, et mon attachement aux traditions, une émotivité certaine face aux sentiments et aux belles images de la vie, cette quête du bonheur... j’avais trouvé mon inspiration ! Merci, vraiment merci, Madame pour cette belle histoire de Vie, et pour ce rêve enfin réalisé ! Hervé le Faou.

Extrait du titre


Table des matières

La Velléda..................................................................9
Le vieux Pello et la fontaine à légendes...................13
La vieille Angélique à Ouessant.................................7
L’Abeille Flandres....................................................21
Au fond du petit aber..............................................25
Le petit avait la varicelle à New Delhi.....................29
Le nain, le chat et le petit phare de Marken...................33
Els........................................................................37
Le vieux moine turc et le petit berger......................39
L’Esprit de la plage..................................................43
Dimitri, le pianiste russe.........................................47
Le lac d’Hillegersberg..............................................51
Adieu, cher Brother.................................................55
Les Etoiles de la Lune..............................................59
Le vieil homme de Cebu et la petite fille........................63
La petite lumière rouge de Hong Kong...................67
Les traces de la liberté d’Helsinki............................71
Le P’pa de Trinidad.................................................75
L’éclat de lune sur l’Hélice......................................79
Le boutre de Tse-Yang.............................................83
Le Pratney de Milford Sound..................................87
La poussière de volcan sur le « Roang »...................91
Etreinte de deux couleurs irlandaises...................95
Les miettes dans la moustache ..........................99
Les langoustes de l’ambassadeur.......................103
Le patrouilleur papou......................................107
Les polders en hiver.........................................111
Les aborigènes de Kakadou..............................115
La Dieppoise...................................................119



La Velléda

Son rocher, c’est sa vie.
Il mène une vie de prisonnier, mais lui, il est admiré, respecté.
Il veille à l’une des plus belles causes de la vie.
Guider les gens dans le noir, leur offrir un repère dans l’inconnu, éviter les naufrages.
Intellectuellement, cela change tout.
Des générations de navigateurs ont scruté la nuit noire dans l’espoir de voir ses cinq éclats blancs, ont tendu l’oreille dans l’espoir d’entendre sa puissante corne de brume s’extraire du « coton », parfois avec horreur, à la dernière minute, souvent avec bonheur.
Il a évité un nombre incalculable de naufrages. Il n’a jamais su combien.
Il n’a jamais été remercié. On ne remercie pas un phare.
Mais pour cela il a fait le choix du don total de sa personne.
Pour cette cause belle et noble, mais un peu injuste, car elle est à sens unique.
Des années à écouter les coups de butoirs répétés de la lame, les soirs de tempête.
Sur son phare, jusque dans sa tête, les lamentations sinistres de la corne de brume font vibrer l’intérieur du phare à un autre rythme.
Assis à sa table en bois, à côté du lit, l’ampoule blafarde pend du plafond, et éclaire le jeu de carte.
Les rois, les reines et les valets tournent mécaniquement, pour la dixième fois, avant la ronde de deux heures du matin.
Il ne pense pas. Il écoute son phare, il respire avec son phare, il vit avec lui.
Au petit matin, il essayera de dormir.
Dans la nuit, combien de navigateurs aura-t-il guidés ? Combien en aura-t-il sauvé ? Il ne se pose plus vraiment la question.
Il travaille pour l’humanité. Pour les marins, dont il fait partie.
C’est toute sa fierté.
L’été il ouvre sa porte, les masses d’eau impressionnantes évitent le rocher et tourbillonnent sous l’effet du courant.
Tout petit, à côté de son fidèle compagnon de vie, il savoure la brise du large et regarde au loin la civilisation des autres hommes.
Il a appris à vivre seul et se sent bien comme cela.
Que pourrait-il bien faire dans l’autre monde ? Jamais une autre tâche ne serait plus gratifiante.
Et puis ici, il rend compte aux éléments, pas aux hommes.
Il vit dans le respect d’une Grande Dame, avec la beauté des valeurs des gens de la mer.
Tout cela n’existe pas là-bas.
Il salue un petit plaisancier venu chatouiller les environs du phare, curieux.
Cela lui fait l’attraction de sa journée. Cela lui dévoile une image partielle des gens pour qui il a donné sa vie. Il ne désire pas plus que cela rentrer en contact avec lui. Il se bat pour une cause, il n’a pas envie de rentrer dans les détails.
Cela casserait un peu le rêve.
Au loin, une mâture connue dépasse de la houle... C’est la Velléda qui vient le libérer.
Pour la dernière fois.
Chaque nouveau tour d’hélice fait grandir un peu plus l’émotion.
Son baluchon est prêt. Il regarde son Guide à lui aussi, avant de lui dire son dernier adieu :
Son œil est endormi, mais il lui parle quand même.
Ce soir, il se réveillera, automatiquement…
Sa main forte lui envoie une petite tape de gratitude sur son flanc de granit.
Merci pour ces moments forts de ma vie.


Le vieux Pello et la fontaine à légendes

Chaque soir, j’allais m’asseoir à côté de son filet et de ses casiers. Au bout de la cale. Au fond de l’aber.
Adossé à la bite d’amarrage, en culotte courte, les pieds dans le vide, j’écoutais les histoires du vieux Pello.
Ses gros doigts de marins, recousaient inlassablement son unique filet. Les gens du pays, les enfants qui jouaient sur la cale, s’approchaient, curieux, pour apprécier le résultat de la pêche. Les beaux maquereaux tout luisants, encore tout frétillants, dans la boîte en bois. J’étais fier d’être à ses côtés. Ainsi je faisais croire que cette pêche était aussi la mienne.
Il était vieux, plein de sagesse et de bons conseils. J’étais encore très jeune. Plein de respect, un peu impressionné par sa barbe grise et ses cheveux gras en bataille, ses grosses rides profondes et son mégot roulé de bouse de vache, je buvais passionnément ses paroles, ses histoires de marins, ses légendes.
Je me souviens d’un soir… C’est marée haute. Vives Eaux. Pas une ride sur l’eau.L’aber scintille. Les chauds rayons du soleil projettent des ombres inhabituelles sur les vieilles maisons bretonnes du port. Du granit, de petites façades blanches, des volets bleus, des ardoises. Le chat qui guette la boîte à poissons. L’air frais du large. Juste avant l’heure du dîner. Lui et moi. Les quelques dernières minutes à profiter, comme de l’or. Atmosphère propice aux confidences.
« Tu sais, fiston, je vais te raconter une légende du pays. Sais-tu qu’il y a très longtemps… »
Tandis qu’il me raconte, avec ses mots à lui, je regarde son vieux bateau s’éviter, sur sa ligne de mouillage, là juste devant nous. Sa vieille coque, rouge et blanche est bien connue du pays. Lui aussi écoute. L’éblouissement du soleil sur le carreau de l’abri avant, c’est son clin d’œil. Les cicatrices du temps sur sa vieille coque, le rendent attachant et tellement authentique. Son vieux compagnon de vie. Traversée des tempêtes, tenue dans les gros grains d’hiver, à chaque fois, il l’a ramené à bon port. Il est toujours là, à l’attendre, fidèle, près à repartir. Et ce soir, au calme, il écoute. Aussi.
Le vieux Pello décide de me montrer l’endroit. Impression d’interdit. On va m’attendre pour le dîner. Le soleil commence à tomber. Allez tope là, on appareille ! Le vieux filet est abandonné sur la cale, avec aiguilles et goussets. Appareillage secret, enivrant. A la conquête des secrets des vieilles légendes du pays.
Deux mouettes nous escortent. Au-dessus des vapeurs du diesel, l’aber résonne encore des saccades sourdes et régulières du diesel marine. Tandis, que seule preuve de notre passage le triangle du sillage vient lécher, inaperçu, chacune des rives opposées de l’étroit aber, nous débouchons sur le large et faisons cap sur la petite île devant nous, où nous échouons.
Là, les vestiges d’une petite chapelle. Elle n’a plus de toit. Un pan de mur est écroulé. Des herbes folles poussent dans les encorbellements. Terrains de jeux pour les petits lapins sauvages. Ils plongent dans les entrailles de la dune à notre approche.
Le vieux Pello s’accroupit devant le petit puits de granit carré peu profond. L’eau est extraordinairement limpide. On voit le fond. Dans le temps, les jeunes filles venaient ici en secret. Elles y jetaient une pièce de monnaie. Si la pièce tombait au fond sans toucher les bords, elles seraient mariées dans l’année ! …
Le vieux Pello, est ému. Je comprends que sa petite femme s’était un jour penchée sur ce puits. Cela fait tellement longtemps qu’il est seul, maintenant. Mais il avait envie de me le dire. Ça le soulage un peu. Ils ont vécu tellement de bons moments ensemble. « Nous avons eu une vie réussie, on peut le dire, tu vois fiston, ma Marie et moi ». Nos regards se croisent, chargés d’émotion. Il me serre par les épaules. Nous revenons doucement au bateau.
Je me souviens, curieux et fébrile, être revenu en cachette le lendemain, à la marée basse. Il y avait encore la trace de la botte du vieux Pello, au bord du petit puits Je me souviens avoir lancé ma pièce, celle que j’avais serrée si précieusement, dans mes petites mains moites.
Je ne me souviens plus si elle avait touché les bords…
...




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