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Le Sourire du Bouddha.
Essai sur la Perfection de Sapience de Antoine Marcel
Quelle était l’idée profonde du Bouddha ? Que signifie le sourire énigmatique de Gautama Shakyamuni figuré en assise par toute la statuaire de l’Orient extrême, de l’Inde au Japon, dont il nous semble que si nous le comprenions en notre for intérieur, nous accéderions à une véritable intelligence du bouddhisme ? Bouddhas de bois, bouddhas de pierre, de quel éveil témoignent ces silencieux dont nous sentons en nous la résonance, la rime intérieure, comme un sourire appelle le sourire en retour ? À cette question, vérité centrale du bouddhisme, peu d’ouvrages apportent une réponse allant au fond des choses comme le fait la Perfection de Sapience, courant entièrement tourné vers la réalisation de l’Ultime. Examinant les perfections (pâramitâ) une à une, puis les explicitant au moyen habile des concepts centraux du bouddhisme, le présent traité, parce qu’il les revisite, les repense et les formule dans un langage de raison, éclaircit – au profit du lecteur qui à chaque étape s’y reconnaît – la question de l’éveil. Ce qui, en premier lieu, avait semblé d’un encombrement et d’une complexité extrême devient d’une grande limpidité. Ce que Siddhârta découvrit à la vue de l’étoile du matin, ce en quoi réside la précieuse vision qui fit de lui un bouddha, le lecteur, désobstrué de tout le fatras bouddhique accumulé au long de siècles innombrables, est ici amené à en avoir l’intuition muette à son tour. En cette reconnaissance, précisément, consiste ce qui est nommé Perfection de Sapience, vision précieuse reconnue pour vraie.
N° ISBN : 978.2.86681.163.1 Année de parution : 2010 Prix: 0 € Poids : 0 Grs Nb pages : 0
Sur l'auteur :
Antoine Marcel, né en 1949 à Paris, dit : « Mes livres parlent de la mer, du désert, des arbres et des oiseaux, de voyage et de vie solitaire, mais de l’amour le plus charnel aussi. Les montagnes chinoises, les idéogrammes, les arbres en pot et les jardins sont autant de thèmes particuliers qui me servent à explorer le monde à travers la pensée et la sensibilité d’Extrême-Orient, celle du Taoïsme et du Zen, dont le langage poétique et philosophique est celui de la nature. Les cascades, les rochers, les pins dans la brume sont les signes qui, finalement, me permettent d’accéder à mon propre mystère, qui, à ce point, ne fait qu’un avec celui de mon lecteur : l’esprit. »
Du même auteur :
L'Esprit du bonsaï L’Inscription chinoise du zen L'Appel des grues dans le ciel clair,
Extrait du titre
Sommaire ____ Du même auteur
Introduction
PREMIÈRE PARTIE: les pâramitâ Préliminaire Dâna Shîla Kshânti Vîrya Dhyâna Prajnâ
DEUXIÈME PARTIE: la Perfection de Sapience Chapitre 1 : Préliminaire Chapitre 2 : La vacuité, le vide Chapitre 3 : La question du moi Chapitre 4 : La question du langage Chapitre 5 : Phénoménologie de la connaissance & prajnâ Chapitre 6 : Sur le concept d'illusion Chapitre 7 : La question du temps Chapitre 8 : Éveil progressif, éveil abrupt et éveil silencieux Chapitre 9 : L'ainsité Chapitre 10: Le Sûtra du Cœur, texte et commentaire Chapitre 11: Retourner le regard Chapitre 12: Prajnâ-pâramitâ Épilogue
Glossaire chinois, japonais, sanscrit
Introduction ____
Parce que le Bouddha Shâkyamuni est né il y a quelque 2600 ans dans un lointain royaume du nord de l'Inde, le Magadha depuis longtemps disparu, parce que nous avons en tête toutes ces images de moines d'Asie du Sud-Est à la tête rasée, une épaule nue, en robe safran, de lamas en robe prune, de maîtres zen japonais en robe noire, parce que ses enseignements et ses pratiques ont la réputation d'être difficiles, voire rebutants, nous pensons le bouddhisme comme compliqué, inaccessible, exotique et peut-être bien rétrograde, dépassé. Pour nous, Occidentaux, il y a le bouddhisme du voyage, touristique, coloré, avec ses visites de temples-musées, de sites et de jardins, culminant à l'arbre d'éveil, mais qui n'est qu'une bouture de l'arbre original; le bouddhisme esthétique des beaux livres aux pages glacées; plus savant, celui de l'appréciation de la statuaire, des fresques troglodytiques, des peintures et des thanka; le bouddhisme monumental des vats d'Angkor, de Bamian, de Borobudur, des chörtens du Tibet, mérous d'Indonésie, dagobas de Ceylan, des stûpas birmans, des pagodes de Chine, de Corée et de l'Empire du Soleil Levant; le bouddhisme des érudits, sanscritistes, philologues et sinologues; le bouddhisme religieux et philosophique; le bouddhisme des historiens et le bouddhisme des ermites; le bouddhisme populaire, simpliste et superstitieux; le bouddhisme monacal, exclusif et misogyne; le bouddhisme politique et ses moines qui se donnent la mort par le feu, confirmant ainsi le vieux soupçon occidental, celui d'une religion du néant. Tous ces aspects du divers, qui existent bien et qui sont entretenus de façon légitime par leurs tenants, les moines, les associations de dévots, les maîtres de la Loi, les universitaires, les professeurs, généralement nous hallucinent et nous font oublier que le véritable contenu de l'enseignement bouddhique concerne une réalité avant tout intérieure, sans forme, et ne dépendant d'aucun discours. De quelque façon toutes ces images du bouddhisme ressemblent à celles d'un mandala, avec ses multiples mondes terrestres et célestes, ses assemblées innombrables et ses temples fondés sur des nuages, elles nous confirment dans l'idée d'une réalité extérieure, d'une religion exotérique, alors que l'enseignement central du Bouddha porte essentiellement sur l'esprit. Notre représentation du bouddhisme est donc comme un rêve, ou, pour parler comme les sûtras, comme un mirage, comme fleurs flottant dans l'air (des images hypnagogiques ou des "mouches" dérivant sur la cornée), comme cornes de lièvres et poils de tortue. Du Dharma du Bouddha, comme il en a été pour le message du Christ, les hommes siècles après siècles ont fait une lourde institution. Au début on marchait en robe de loques sur les chemins poussiéreux de Palestine ou de l'Inde, on dormait dans des grottes et prêchait à la croisée des routes, sous un banian, sur la place d'un village. Pas de fondations monastiques, pas de temples, et pour viatique le bol et le bâton. Si le bouddhisme, maintenant dans son troisième millénaire, est resté vivant, cela est dû, d'une part au fait que son enseignement concerne une nature humaine inchangée, d'autre part que celui-ci est avant tout d'ordre incitatif, et ne constitue pas à proprement parler une révélation. Ce que celui-ci désigne, c'est à chacun de le découvrir par lui-même. Siècles après siècles, en Sérinde, en Chine, en Indochine, au Tibet, au Japon, la pensée et les méthodes du bouddhisme n'ont cessé de s'enrichir. Une partie de ce qui constituait un héritage du vieux fonds culturel indien originel, qui procédait de représentations antiques devenues par trop obsolètes, a sans doute perdu de sa pertinence. Comme ils l'ont été sans cesse, les enseignements bouddhistes, pour être bien intégrés demandent a être revisités de façon vivante, c'est ce que se propose de faire le présent ouvrage. Le Bouddha, certes, a refusé de se prononcer sur quelques sujets essentiels: cela n'était pas utile à son enseignement. Ainsi sont les questions philosophiques, lorsqu'elles ne procèdent que d'une possibilité toute formelle de combinaison des mots et d'entrechoquement des concepts. À ces abus de langage, déjà Shâkyamuni répondait par le silence. Les sciences dures, les sciences humaines sont passées par là – nous Modernes ne pouvons en faire fi, malgré le cloisonnement et la fragmentation des savoirs, un travail d'intégration de toutes ces données est nécessaire, il est en cours, il n'y a rien là d'hétérodoxe, puisque le Bouddha Shâkyamuni lui-même avait indiqué de procéder ainsi.
Depuis un demi-siècle, en Occident, le bouddhisme vivant semble prendre avant tout la forme d'un idéal laïc – tant philosophique que spirituel. Le bouddhiste occidental suit des enseignements d'une façon épisodique, il étudie et pratique, mais reste dans la vie ordinaire. Contrairement à ce que l'on pourrait penser – et qu'aiment à laisser penser toutes sortes de formes d'intégrismes, ce n'est pas là un idéal dévalué. Tout au contraire, cet idéal est très ancien, c'est celui du bodhisattva Vimalakirti, qui s'est tout particulièrement développé dans le bouddhisme Mahayana de Chine, où la condition monastique, parce qu'elle contredisait l'amour des Chinois pour une vie toute ordinaire était souvent perçue de façon négative. On trouve sans doute les racines les plus profondes de cet idéal en Inde, où à tout prendre la voie du maître de maison est considérée comme supérieure à celle de l'ascète solitaire ou du yogi. Le laïc bouddhiste occidental lit des ouvrages de vulgarisation, il puise tant bien que mal au fonds universitaire indianiste, au fonds sinologique, sa pratique s'initie auprès des maîtres venus du Vietnam, du Tibet, du Japon, de Corée, de Chine et d'une génération émergente d'enseignants occidentaux qui furent leurs premiers élèves. Ces derniers, en fonction de la tradition dans laquelle ils se sont inscrits et de ce qu'ils ont compris de ses enseignements, assurent une transmission de l'esprit et des formes – les rites – qui reste encore très marquée par ses origines, mais tentent aussi d'intégrer des données occidentales, en particulier celles des sciences humaines, psychologie et psychanalyse. Pour le chercheur solitaire qu'est le laïc moderne en quête de bouddhisme, les écueils sont nombreux. En premier lieu égaré dans quelque pagode du chinatown fondée par une association d'immigrés dans un but avant tout identitaire, dans un monastère zen où semble sévir la loi martiale, dans un centre tibétain bourré d'idoles grimaçantes, celui-ci se demande où est le bouddhisme qu'il a rencontré dans les écrits, d'une nature semble-t-il bien plus hautement épurée et philosophique. S'il persévère, s'engage et se plie aux manières d'une école ou d'une autre, le trouvera-t-il plus avant ? Sans doute, mais au prix de nombre de difficultés. Certaines, dues aux formes qu'à prises la religion instituée dans son pays d'origine, à des scories culturelles, des pollutions par d'autres cultes plus primitifs, leurs pratiques superstitieuses, occultes ou magiques, bien plus qu'à la quête proprement bouddhique, sont donc des obstacles inutiles. Les sûtras du Mahayana eux-mêmes, remplis de prodiges, d'histoires fantastiques et de faits aberrants à nos yeux de modernes, soulèvent déjà assez de questions. ... |
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