 |

|
La Nuit est tombée, qui va la ramasser ?
Réflexions sur les épuisements humains
et la relation de soin de Marion d'Elissagaray
« Philosophe et potière, Marion d’Elissagaray est accoucheuse de pots, accoucheuse de mots, pour elle-même d’abord ; pour tous ceux qu’elle accompagne dans leur recherche de sens depuis bientôt 20 ans. Avec l’Association Parole et Racines qu’elle a créée (pour mettre l’argile au service d’une pédagogie de l’éveil et du sens, elle prête une attention particulière à toutes les personnes qui ont besoin d’une remise en confiance parce qu’elles ont traversé une forme d’échec ou de rupture).
Mettre en forme, mettre en mots, élaborer du sens pour sortir doucement de la nuit quand cela se peut, prendre soin les uns des autres par la parole et la profondeur de la relation, c’est son histoire ; ce pourrait être la nôtre ? C’est en tout cas le fil conducteur de ce premier livre qu’elle nous offre. »
N° ISBN : 978.2.86681.165.5 Année de parution : 2010 Prix: 16 € Poids : 0 Grs Nb pages : 126
Sur l'auteur :
Diplômée (DEA de philosophie des Religions) de Paris X, Marion d’Elissagaray est formatrice pour les professions de l’éducation spécialisée, sociales et médico-sociales. Elle intervient directement sur le terrain de l’éducation, dans le monde du handicap et de l’exclusion, par l’animation d’ateliers terre, et propose des sessions diverses de réflexion philosophique et spirituelle où l’argile a sa place et permet un ancrage corporel et créatif.
Extrait du titre
... I
Flux et reflux de la vigueur de vivre
I - Se laisser emporter par le torrent de l’élan vital
Un soir de fête, Rabbi Mendel de Kotzk observait ses fidèles danser : - Ce n’est pas comme ça qu’on danse ! leur lança-t-il d’un air courroucé. Puisque ce jour était spécialement consacré à se réjouir, ils recommencèrent alors avec plus de fougue. - Non ! dit le rabbi agacé, ce n’est pas ainsi qu’on danse ! Après plusieurs échecs les fidèles stupéfaits s’immobilisèrent dans l’attente, car, à vrai dire, ils ne savaient vraiment plus comment danser. Alors le rabbi explosa : -Imaginez que vous êtes sur un pic de montagne, ou sur un fil de rasoir, et maintenant dansez, dansez vous dis-je ! Et il ajouta ensuite : - Que le cœur éclate, que les épaules se démantèlent, que ciel et terre s’effondrent... Et que l’homme ne s’écarte pas de son chemin !
Mais qu’il est difficile ce chemin où il nous faut toujours marcher vers la formidable jubilation, ce déferlement irrépressible du bien d’être en Vie.
Il n’y a aucun corps qui ne soit mû par cet élan vital, ce bouillonnement ardent, cette danse qui tire très fort en avant et vers le haut. On appelle tout cela, aussi, la santé. Une énergie qui circule et qui donc jubile.
A la croisée du passé, du présent et de l’avenir, et sans pouvoir y échapper, je suis convoquée à être. Car être est beau ; être est bon ; être se décline à l’inconditionnel. Ça prend corps en moi. Ça aime étinceler. Ça agira avec la puissance du feu. Et c’est au cœur de l’instant le plus banal que déferle la vigueur.
L’être ? Un navet qui vient de Zhaozhou et qui pèse trois livres. Les chinois le disent et nous voilà prévenus ! Aucune connaissance préalable n’est nécessaire. Simplement je suis. C’est magnifique autant qu’épidermique.
De la mer, du vent, des orages, des fleuves, l’élan de l’univers qui surgit au fond de nous : il serait si dangereux de ne pas se glisser dans le torrent pour nous laisser emporter. Juste cela ; oser se laisser emporter. Car tout ce qui avance perd son équilibre. Il y a toujours un lieu inerte et froid à quitter. Ça meurt en même temps que ça croît et se développe. C’est Shiva qui danse sur sa peau de tigre. Ainsi participons-nous à ce flux vital vraiment plus grand que nous : la vigueur de l’être.
Peindre en bleu et rouge les falaises de Dieppe ? Picabia osa se laisser emporter par cet inlassable et souvent irrévérencieux élan vital. Et pourtant le peintre avait commencé comme tout le monde ou presque, par d’habituels paysages dans la lignée de Sisley et de Pissarro, qu’il exposa pour la première fois en 1905. Et ce fut un triomphe. Les critiques lui prédirent une belle carrière de post impressionniste. Mais ça devait mourir pour être. Picabia choisit alors de devenir enfin un homme d’inexpérience et tua sa peinture jusqu’ici extrêmement habituée. Il se lança alors dans la peinture abstraite, un an avant Kandinsky. Puis suivirent les toiles orphiques. Mais ne voulant s’enfermer dans aucune sorte de genre, l’homme-tourbillon eut ensuite sa période mécanique, puis Ripolin, dadaïste, art brut et collage et ainsi de suite, pour le pire comme pour le meilleur. On peut ne pas aimer, bien sûr. Mais Picabia se maintenait toujours en éveil. En état de germination. Il revenait à l’étincelle. Il retrouvait jour après jour des pensées fraîches sur la source de son élan vital.
Cette vigueur d’être est d’une grande beauté. Mais de cette beauté même qui n’est jamais tranquille, ni polie et ni, surtout, accoutumée. ...
table des matières
Liminaire. Une manière de penser..................................................9
I Flux et reflux de la vigueur de vivre................................11 1. Se laisser emporter par le torrent de l’élan vital ................11 2. Fondés dans la parole .............................................................13 3. Ouverts par la déchirure .........................................................15 4. Vivre à la manière de l’eau courante.. ..................................17 5. Et si les vents sont contraires ............................................19 6. Meurs et deviens ..................................................................23 7. Inscrire sa présence dans le monde.....................................25
II A la racine du soin : la création..........................................31 8. La grande force ...................................................................31 9. Créer contre la nuit .................................................................35 10. Frissonner ou l’appel de la beauté et le réveil du désir ..38 11. La beauté à la charnière du soin.......................................41
III Comment se noue la relation de soin ?............................45 12. creux et verticale ................................................................45 13. l’attention dans la relation de soin ..................................48 14. De la responsabilité mutuelle ...........................................52 15. la finesse du tissage ...........................................................54 16. Le soin comme travail d’atelier ............................................57 17. Et si trop de mots risquait de durcir le mal-être ?...........60
IV Le cœur de la relation de soin...........................................65 18. Le langage est toujours à sauver .......................................65 19. Se situer entre « le trop » et « le pas assez » ....................67 20. Trouver un accord intime avec ses blessures .................70 21. Rejoindre dans la délicatesse .............................................72 22. Souviens-toi de ton futur ! ...............................................76 23. La relation affective comme levier....................................78
V La dynamique de la consolation et de la guérison...........83 24. La guérison manque toujours d’habitude .......................83 25. La consolation, un lieu de transition ...............................85 26. Consolation et nuit du lien ...................................................89 27. La consolation apprend à ne pas quitter la soif ...........93 28. L’homme guéri : un homme relié et reliant ...................97 29. La gaîté de la perception .................................................100 30. Faire peau neuve ou faire perception neuve ...................103 31. La transformation mutuelle ...........................................105 32. L’intuition du temps juste ................................................109 33. La relation de soin : entre lumière et pénombre............112
Pour conclure..................................................................................119
|
|