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La Cité Impérieuse
de Georges Brunon
Entre ceux qui tentent d'atteindre la dimension cachée du monde, se reconnaissant dans son mystère, et ceux qui voudraient enchaîner l'homme à l'utile, l'affrontement est incessant. Dans cet ouvrage, La Cité impérieuse, la toute puissante maîtresse des techniques projette d'anéantir le peuple de la Montagne enraciné dans l'énigme magnifique de la vie. De celui-ci surgiront alors les « hommes de l'ombre » qui, dans les souterrains de la cité, travailleront à tisser le lien entre passé et futur, ciel et terre ; jusqu'au jour où ils rencontreront l'art de tous les temps dans lequel ils reconnaîtront leur recherche. À partir de là s'introduit dans la Cité invincible un parfum d'Esprit : trouble étrange qui la fera disparaître. Tel est le propos de ce récit poétique qui, à travers un langage allusif, par tableaux successifs, amène à apercevoir, sans le décrire, cet affrontement entre l'art et l'emprise du pouvoir dont l'homme est l'enjeu.
Dans son livre L'art et le feu créateur, réédité aux éditions du Dauphin, le peintre Georges Brunon évoquait déjà la création reliée à la nature ; la réconciliation entre l'acte de peindre et la Vie.
En écrivant cette saga l'auteur montre la place et l'importance de l'art dans la société, son rôle vivifiant et salvateur.
N° ISBN : 2-86681-111-9 Année de parution : 2002 Prix: 18 € Poids : 230 Grs Nb pages : 160
Du même auteur :
Présence de l'Image Essence de la terre
Extrait du titre
Introduction
En arrivant sur la place publique il vit dans le regard des passants une tristesse insupportable. Leurs yeux ne riaient plus, n’osaient plus regarder par delà les brumes de la mort, leurs oreilles étaient envahies par le vacarme des rues, leur crâne par la cacophonie des idées. Il bondit sur le rebord du bassin, devant le jet d’eau de la fontaine, pour leur parler, les consoler. « Ne soyez pas tristes, dit-il, car le bruit court que tout n’est pas perdu. Nous sommes seulement prisonniers de nos sciences diverses, de notre savoir étendu qui donne à croire que nous savons Tout parce que nous savons beaucoup. Dans cet enclos, à l’abri du regard des Dieux, est née une cité splendide qui promet par la richesse le bonheur à perpétuité, la fin de nos fatigues, des maladies, de la vieillesse... un jour ! Cette ville, ogresse, ne nous abrite pas mais nous dévore, nous ingurgite pour croître. En elle, à cause d’elle, rôde la menace - incolore et silencieuse - d’un émiettement du sens, de l’avènement d’un homme amoindri par la richesse, diminué d’une tête, raccourci d’une âme, modèle simplifié étendu à toute la terre. Devant ce danger nos calculs subtils, nos opinions, nos croyances, nos engagements, nos démonstrations, nos preuves, notre raison, comme les bombardiers supersoniques, les missiles et anti-missiles sont inefficaces mais n’ayez pas peur car... une arme silencieuse existe. On murmure qu’un feu, qui paraît insignifiant à la superpuissance, nous sauvera. Il brûle au fond de nos caves, de notre arrière-conscience. Il éclaire une ouverture vers un autre possible où se tient le lieu de l’Homme qu’il s’agit de réintégrer. Là vivent les tailleurs de jougs qui cultivent le pouvoir d’unifier. En ces lieux, nous savons relier, par nos chants, le haut et le bas le lointain et le proche que la grande cité veut nier. On m’a parlé, dit le conteur, de ce domaine oublié où l’Un siège sur la montagne au-dessus du Nom. Quand l’homme l’habitait, il existait, était perpétuellement en état de poésie. Maintenant ces hommes là ne se laissent plus voir sur les avenues. Dans l’underground pourtant ils tissent le lien, se souviennent. Leurs poèmes nouveaux aux chants anciens sont reliés. A cause de ces princes de l’intemporel le cheminement de l’Homme n’est pas interrompu : en secret, sous la nappe phréatique, continue à se tisser le fil entre le fini et l’infini qui pose des bornes aux compteurs du temps. Le jour vient où ce fil, tissé en secret par leurs chants, resurgira au grand jour (au cœur de la cité qui le nie) non comme des morceaux de cultures ajoutés les uns aux autres par la gent officielle mais comme une continuité encore vivante, un passé qui n’est pas passé, présent sous la forme d’une longue lignée forte des commencements, porteuse du sens indescriptible. Enfin réveillée ! Par ces princes là, remise au jour, elle pourrait rappeler à l’homme sa traque. Telle est l’arme sur laquelle la mort n’a pas sa prise. Faite d’objets innombrables, elle menace les remparts de la cité qui, enfermée dans le circuit des horloges et de ses réalisations, ne la soupçonne pas encore. En ce jour de résurrection elle saura, cette cité prétentieuse, que ce feu créateur en l’homme, qui lui paraissait insignifiant, ne l’est pas puisqu’il peut la nier, réveiller une conscience où se cache notre lien avec un passé qui ne passe pas, inscrit dans des œuvres dont seuls les aveugles voient la puissance, la force de résurrection. On les dit, aujourd’hui « d’art » mais elles véhiculent une Pensée fécondant, reliant, nées des montagnards exilés, des tailleurs de jougs de tous les âges, elle détruit et construit les civilisations. . C’est ainsi qu’il proposa aux passants de leur parler du drame : affrontement entre la « cité de siment-vert » mortifère, que l’on voit de loin quand de la mer on vient, et les hommes des hauteurs ; de leur montrer ce qu’est le joug qui relie ce que la grande cité veut morceler ainsi que la longue lignée qui, venant du lointain passé jusqu’à l’homme d’aujourd’hui, menace les remparts. Il dit : « pour finir je vous raconterai le glissement de l’invincible vers son anéantissement.» Ils lui dirent : « raconte ».
Première partie
Où le conteur parle de l’écrasement du monde, de l’affrontement entre la cité impérieuse et la montagne... Il dit la colère, la révolte des montagnards exilés dans les sous-sols, sous les trottoirs ; menace insoupçonnée par celle qui ne craint pas ce qu’elle aurait à craindre.
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